PP33

Las santas Justa y Rufina

F. De Goya

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/76/Las_santas_Justa_y_Rufina.jpg

Prosper Piet

Journal de voyage 1816-1817

" Il en est des calculs comme des tours d'escamotage "

Séville le 12 mars

 

A travers les projets de mariage et les affaires de commerce qui jusqu'à présent m'ont assez occupé ici, je n'ai pas pu, mon cher Gabriel, trouver jour à répondre à ton problème, dont voici la teneur et ensuite la solution.

 

"Un père interrogé sur l’âge de sa fille, répondit : ma fille a le triple de l’âge qu'elle avait quand mon fils avait l’âge qu'elle a à présent, et quand elle aura atteint l’âge actuel de mon fils, leurs deux âges réunis formeront 60 ans".

 

Solution :

Ma fille a 15 ans, ce qui est le triple de 5 ans, âge qu'elle avait lorsque mon fils avait 15 ans, et quand elle aura atteint l’âge actuel de mon fils, qui a 25 ans, celui-ci aura 35 ans et leurs deux âges réunis formeront 60 ans.

 

Tu me demanderas sans doute à présent, mon cher ami, par quels moyens j'ai trouvé cette solution, c'est ce que je ne puis pas te dire. Après bien des calculs approximatifs, d'approximation en approximation, je suis parvenu à la trouver. Mais je puis dire que je la dois plutôt au hasard, qu'au mode de calcul véritable que l'on doit employer pour y parvenir. Il en est des calculs comme des tours d'escamotage. C'est souvent une chose très simple quand on connait la manière de les faire, mais fort difficile à découvrir lorsqu'on ne la connait pas. Je te demanderai donc de m'expliquer le raisonnement à suivre pour trouver l’âge des deux enfants, et je te ferai aussi la question suivante :

 

Deux jeunes gens formèrent une société de commerce et mirent en commun, l'un 30 000 piastres fortes ou doures, et l'autre 125 000 réaux. Après deux ans ils voulurent partager le gain qu'ils avaient fait. Il se trouva de 702 1/2 onces ou quadruples. Quelle dut être la part de chacun d'eux, en supposant que chacun doit prélever au marc le franc* de sa mise ?

 

Tu attends peut-être, mon cher ami, des détails sur Séville, mais je ne puis t'en donner aujourd'hui, vu que je n'ai encore rien vu. Je te dirais seulement qu'un jour, la tour principale de la cathédrale, dans un tremblement de terre, s'étant inclinée, deux saintes qu'il y avait dans la ville la redressèrent aussi facilement qu'elles auraient relevé une église**. Il y a beaucoup de ces miracles ci dans le pays où je me trouve momentanément.

 

Je n'ai pas encore monté à cette fameuse tour où l'on peut monter à cheval. Il y a aussi beaucoup d'autres curiosités dans la ville, je vous les communiquerai en temps et lieu. Le temps me manque aujourd'hui pour vous en dire davantage. Sachez seulement que je me porte bien et ne resterai pas longtemps ici.

 

Adieu, mon cher Gabriel, embrasse toute la famille comme je t'embrasse.

Pr. Piet

 

Bien des choses à Pierre et Marianne de ma part.

J'écris à mon oncle par ce même courrier.

 

* Littré : Marc 5. " Au marc la livre ", manière de répartir proportionnellement une somme quelconque, en remettant à chacun ou faisant fournir par chacun une part déterminée par la somme totale afférente à chacun ; c'est ce qu'on nomme aujourd'hui " au marc le franc ", et, mieux, " au centime le franc ".

 

 

 

 

** Sainte Juste et Sainte Rufine, culte sévillan, martyrisées pour avoir refusé de vendre leurs poteries à un prêtre païen. Rufine, ayant survécu aux sévices, fut amenée dans l’arène pour y être dévorée par un lion, mais celui-ci se coucha à ses côtés et lui lécha les pieds. Elle fut alors égorgée puis brûlée.

 

Selon la tradition sévillane, la conservation de la Giralda - ancien minaret de la grande mosquée almohade, devenu le clocher de la cathédrale - pendant le tremblement de terre de 1504, serait due au fait que les saintes sont descendues du ciel pour retenir le clocher menaçant de s’écrouler, en le serrant dans leurs bras.

Voir : La propagande hagiographique des villes espagnoles au XVIIe siècle.

Le cas de sainte Juste et de sainte Rufine, patronnes de Séville.

https://mcv.revues.org/269

 

Francisco de Goya obtint la commande du tableau en 1817, il se trouve actuellement dans la sacristie des Calices de la cathédrale.

Voir : http://www.1oeuvre-1histoire.com/saintes-juste-rufine.html

 

Autres liens iconographiques (cliquer) :

 

Céramique

 

Vitrail