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Au Breuilhac, le 1er octobre 1816

 

Ma chère Maman je suis arrivé ici en bonne santé hier soir à huit heures. Mon oncle* avait envoyé un cheval à Barbezieux. Mme Besson* et ses deux enfants s'étaient rendus ici depuis dimanche. Sa petite est malade, elle est tourmentée par les vers. Alphonse est charmant. Ma tante répond bien à l'idée que je m'en était faite, c'est une bien brave femme. Mon oncle est toujours indisposé, cependant je lui trouve bonne figure.

 

Croiriez-vous que c'est par hasard qu'il a appris que son fils était notaire et marié*. Depuis la lettre qui lui avait annoncé que cela se traitait (en juillet), il n'en n'avait point reçu d'autre de Piet, de sorte que jusqu'au mois de septembre ils étaient dans des inquiétudes mortelles. Ils en avaient aussi beaucoup sur la santé de Florentin* qui à l'époque de sa maladie de 5 ou 6 jours leur en avait fait part, mais de manière qu'on le croyait presque mort. Mme Besson et sa mère se désolaient. Il n'avait point non plus écrit au sujet du mariage de sorte qu'on les croyait brouillés. Ce sont de terribles gens, leurs pauvres parents auraient tant besoin dans ce pays (qu'ils maudissent de plus en plus) de recevoir des lettres de Paris, cela leur semble si doux que ce devrait être pour eux un devoir d'écrire régulièrement. Enfin ils ne savaient pas l'affaire de Florentin.

La domestique attend ma lettre pour aller à Barbezieux, j'avais beaucoup de choses à vous dire mais je ne veux pas impatienter mon oncle. Il ne me reste plus que le temps de vous embrasser et de vous prier de dire à mon bon parrain que je comptais lui écrire. Je le ferai de Bordeaux. Rappelez moi au souvenir de sa respectable et bonne soeur.

 

Adieu ma chère maman, porte toi bien, prends courage. J'ai vu des revenants d'Espagne sur ma route. Le gouvernement protège beaucoup les français et ils y sont bien reçus. Voila deux mots bien longs. Adieu, je partirai après demain pour Bordeaux.

Prosper

 

 

* Pierre François Jacques PIET est le frère aîné de Philippe-Louis, père de Prosper. Il a épousé Marie Anne FILHON, il a 64 ans au moment de la visite de Prosper.

 

La lettre de Prosper mentionne 3 de ses enfants (dont il est donc cousin germain) :

  • Pierre Charles Mathieu, 33 ans, s'est marié le 9 septembre 1816 ; Prosper arrive à la maison familiale 3 semaines après son mariage.
  • Marie Philippine, 29 ans, mariée en 1807 avec Christophe BESSON, est au Brueilhac avec ses 2 enfants, Pierre Alphonse, 9 ans, et Adèle Valérie, 6 ans.
  • Pierre Charles Florentin, 25 ans.

 

Ces nouvelles familiales seront complétées dans la lettre de Bordeaux du 8 octobre.

 

 

 

 

Prosper Piet

Journal de voyage 1816-1817

" Au Breuilhac "