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Ce samedi 16 novembre 1816

 

Nous étions loin de nous attendre, mon cher ami, à ce que tu séjournasses aussi longtemps à Bilbao et Mr Loffet et Baillot, ce dernier surtout nous avaient confirmé dans l'opinion que tu ne ferais que passer à Bilbao, Vittoria, et ainsi jusqu'à Madrid. J'ai vu hier ces messieurs après la réception de ta lettre du 7 de ce mois qu'ils m'ont présenté et dont je n'ai lu que quelques mots par discrétion. Pascal en revenant de chez ton parrain nous a rapporté la lettre que tu as écrite à ce dernier sous la même date et celle qu'elle renfermait pour ta maman.

 

D'après la crainte manifestée par Mr Loffet que tu ne sois retenu à Vittoria par les opérations de la douane, nous risquons de t'y adresser cette lettre ci, quoiqu'il soit présumable qu'elle ne t'y trouvera plus. Mr Kreybik a dû te remettre à ton arrivée nos numéros 3 et 4, datés des 16 et 22 octobre. Nous t'avons adressé à Madrid chez messieurs Fils et Rungaldier sous les dates des 1 et 9 novembre nos numéros 5 et 6. Accuse nous réception spéciale de ces diverses lettres. Donne nous successivement un aperçu du temps que tu dois passer dans chaque ville et indique nous les lieux de tes stations. Il paraîtrait que si tu passes à Burgos tu ne t'y arrêteras pas pour faire des affaires, n'ayant dans cette ville que des commettants français avec qui le chef principal de votre maison ne se soucie pas de faire d'affaires. Son intention qu'il te manifestera sans doute directement est que tu te rendes le plus promptement possible à Madrid. Pour notre compte, nous voudrions déjà t'y savoir. Mr Loffet ne m'a désigné comme villes où il s'attend que tu leur seras utile que Madrid, Séville et Cadix. Si tu ne t'arrêtes pas dans les autres pour d'autres causes que les embarras du voyage, comme la communication entre les grandes villes doit être fréquente, j'espère que tu iras plus vite que tu n'as été jusqu'à présent. Etre parti le 25 septembre et n'être encore pour ainsi dire qu'à la frontière six semaines après ! Si ta mission était basée sur le plan de certains voyageurs de commerce qui s'arrêtent partout, il n'y aurait pas de raison pour que tu ne restasses pas trois ans dans ton voyage. Nous avons comme toi le désir qu'il soit terminé promptement, autant toutefois que tes affaires le permettront. Courage en attendant pauvre parisien. Fais du meilleur pain la soupe, comme on dit, et quand tu trouves un mauvais dîner, songe que tu pourras en avoir un meilleur plus loin. Une chose qui m'a fixé dans mes entretiens avec Mr Loffet, c'est qu'il a parlé à diverses reprises d'instructions verbales qu'il t'avait données. Tu en auras sans doute pris des notes succintes pour ne pas en oublier l'objet. Le commerce n'allant nulle part, on ne sera point étonné de la médiocrité de tes commissions. L'Italie regorge comme l'Espagne de marchandises qu'on y a portées pour les vendre directement, ce qui est tout à la fois nuisible aux négociants établis dans les lieux, et peu utile aux propriétaires des objets importés qu'ils sont forcés de vendre à vil prix.

P.

 

 

Je ne comptais pas, mon pauvre fils, que cette lettre partirait ce matin, ce qui ne me laissera pas le temps de causer avec toi. J'ai pourtant, il me semble, beaucoup de choses à te dire, mais il faudra remettre la partie. Voila déjà 50 jours que tu es parti, et tu n'es qu'à Bilbao ! Sans avoir reçu de nouvelles de tes parisiens, quel vide tu as dû éprouver. Nous en jugeons par l'indicible plaisir que nous avons à te lire. Mais aussi, tu vas te dédommager à Vittoria et à Madrid, en trouvant bonne provision de détails. Arrange toi donc pour ne plus éprouver même disette en nous indiquant en arrivant à Madrid quelle sera la première ville (après Madrid) où nous pourrons t'adresser une lettre, afin qu'elle te précède, ainsi de suite. Nos rhumes vont mieux, et même ne sont plus rien. Conserve toujours ta santé comme un bien qui ne t'appartient pas tout seul. Prend patience, et à force de pousser le temps par tous les bouts, nous arriverons au moment désiré par nous tous ! Ta bonne mère.

 

absolument, point d'e entre l'u et l'm

peine , on ne met pas 2 n

fais attention à tes dates. Ta lettre à Mr Loffet était datée du 7 8bre pour 7 9bre

 

Prosper Piet

Journal de voyage 1816-1817

" Que tu ne restasses pas trois ans dans ton voyage "