PaL13

Ce 21 janvier 1817, 9 h du matin

 

J'arrive à l'instant, mon ami, de chez ton cousin. Son indisposition, sans être dangereuse, le fait beaucoup souffrir et met sa pauvre petite femme aux abois. Je suis obligée de la remonter par ma présence et mes conseils. Je ne veux pourtant pas laisser partir ce courrier sans te dire quelque chose.

 

Je crains bien que notre numéro 12, parti le 11 janvier, soit arrivé à Madrid après ton départ de cette ville, mais tu te seras sans doute arrangé pour qu'on t'envoie tes lettres. Nous adressons celle-ci à Séville d'après l'avis de Mr Baillot.

 

J'ai reçu une lettre de la bonne Désirée, tout va bien dans son petit ménage. Ton oncle vient d'écrire à ton père, il a été fort content de ce que tu leur as écrit. Il compte te répondre. Le bon parrain voudrait bien en faire autant, mais ce serait pour lui un travail. Cela ne doit pas t'arrêter pour lui écrire, il éprouve toujours un sensible plaisir à recevoir directement de tes nouvelles. Il continue d'aller assez bien, ainsi que sa sœur.

 

Les choses heureuses, comme tu le dis fort bien mon cher enfant, ne nous arrivent pas spontanément. Voilà pourquoi Pascal n'est pas nommé sous-chef adjoint cette fois ci, mais de bon compte c'eut été une faveur. Tant il y a que Mr le directeur général vient de le fixer indéfiniment dans la division de ton père (comme auxiliaire), ce qui le conduit tout naturellement à profiter du premier mouvement pour être casé à la correspondance. Tu vois que nous avançons toujours lentement, l'essentiel c'est arriver. Nous ne rêvons et ne parlons que mariage, soit pour ta sœur, soit pour ton frère, soit pour Florentin. Il y a pour ces deux derniers quelque chose en l'air dont je te parlerai plus particulièrement la première fois si cela prend quelque consistance.

 

Je vois avec un plaisir inexprimable que ta santé et ta gaieté t'accompagnent partout. Tu as bien raison, continue à pousser le temps de cette manière là, cela nous le fera passer plus vite aussi.

Tu vas donc entrer dans l'Andalousie, le jardin de l'Espagne ! C'est là que tu en auras de belles à nous raconter. Allons allons, avance. Quel bon jour que celui où tu nous regarderas en face.

 

A de légers rhumes de cerveau près, nous nous portons très bien, sommes gais dans notre intérieur, et n'.... ne craignions nullement les tremblements de terre, ni rien de ce qui pourrait troubler notre sécurité. Je t'aime et t'embrasse de toute mon âme.

 

Piet (maman)

 

Prosper Piet

Journal de voyage 1816-1817

" ...mais de bon compte c'eut été une faveur "