Montagnes

Prosper Piet

Journal de voyage 1816-1817

" Montagnes russes et françaises "

On voit sur cette illustration le ballon captif, autre attraction du jardin Beaujon, qui contribuait selon le Dr Cotterel, aux bienfaits de l'altitude

La Folie Beaujon était un domaine de plaisance à Paris aménagé par Nicolas Beaujon, constitué de bâtiments - une chartreuse, une chapelle, un moulin dans un jardin de 12 hectares. En 1817, le jardin - compris entre les actuelles avenue de Wagram, place Charles-de-Gaulle, avenue des Champs-Élysées, rue Washington et rue du Faubourg-Saint-Honoré - devient le lieu d'installation de "montagnes".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces " montagnes françaises " sont une évolution de premières montagnes installées à la barrière des Ternes. Durant la Restauration, de nouvelles distractions font leur apparition, parcs, cafés, promenades. Depuis 1816, les jardins adaptent leur version de montagnes russes comme le décrit Gabriel ; ainsi appelées car le concept ancien est emprunté aux constructions en bois enneigées et glacées originaires de Russie, pour éprouver des sensations d'une glissade dans un panier en osier. Les montagnes russes adaptées à la France ne peuvent bénéficier des conditions de froid russe. Les chariots sont d'abord équipés de patins, et glissent dans des rainures cirées. L'adjonction de roues sera une évolution ultérieure.

 

Théodore Muret décrit l'engouement parisien pour ces nouveaux divertissements :

 

" C'était un divertissement fort à la mode que ces montagnes, hautes bâtisses en bois, surmontées d'une plate-forme d'où l'on était lancé dans des chars qui glissaient dans des rainures, espèce de rails anticipés, sur un plan extrêmement incliné. L'excessive rapidité de cette descente, l'émoi, la respiration coupée, voilà ce qui constituait le charme du divertissement. Il n'était pas tout à fait sans péril, car il y eut même un nez royal cassé, littéralement cassé, le nez du roi de Prusse, qui fit établir des Montagnes dans ses jardins, à l'imitation de celles de Paris. On appelait cet exercice se faire ramasser*, et l'on pouvait parfois être ramassé en mauvais état mais ces aventures fâcheuses n'empêchèrent pas la vogue. Elle avait commencé par les Montagnes russes, établies à la barrière des Ternes. Leur succès mit en veine tous les entrepreneurs de fêtes et de jardins publics. Il y eut au jardin Beaujon, dans les Champs-Elysées, les Montagnes françaises ; à la Chaumière, dans le quartier du Luxembourg, les Montagnes suisses ; au jardin du Delta, dans le faubourg Poissonnière, les Montagnes égyptiennes, etc".

 

L'Histoire par le théâtre, 1789-1851. La Restauration

Théodore Muret - 1865

 

* Se faire ramasser : c'était le terme à la mode pour les montagnes classiques, c'est-à-dire en pente droite. Sur les montagnes françaises ou Promenades aériennes, ont se faisait onduler : du fait de la variation de la pente, il y a des variations de vitesse. En ce sens et avec l'utilisation de courbes et la possibilité de faire autant de tours que l'on veut sans descendre, les montagnes françaises sont précurseur des montagnes russes actuelles.

 

On monte par la montagne centrale rectiligne, et on descend soit par la montagne de droite, soit par la montagne de gauche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces promenades aériennes, par leur dimensions supérieures et leur originalité, ont obtenu un franc succès - il était du dernier chic de se faire ramasser ou onduler - et fait l'objet de chroniques régulières dans les journaux de l'époque. Voici un extrait de l'ouvrage que lui a consacré le Dr Cotterel, qui vante les vertus thérapeutiques des Montagnes françaises :

 

" Toutes les précautions sont prises pour assurer l'absolue impossibilité de verser en aucun sens, et que l'imagination des personnes les plus timides et les plus délicates n'ait rien à redouter.

...

 

Ces femmes si délicates et si timides, un éclair les fait trembler. Que l'on ferme une porte, que l'on tire un rideau, leur fibre est ébranlée, leurs nerfs se crispent. Les accents d'une voix un peu mâle fatiguent leur tympan délicat. Le duvet d'une ottomane ou d'un divan est à peine assez doux pour délasser leur molesse. Eh bien ! à peine on entend gronder dans les flancs caverneux de la montagne le bruit précurseur du départ, que le désir de voir ou d'entrer en lice leur donne des ailes. Elles volent ; elles se disputent non plus le prix de beauté, mais celui de la course. Ni le tumulte, ni ce bruit inattendu les effrayent. Ont-elles fait une course, elles voudraient de suite en faire cent.

 

Celles même qui hésitent, à qui coûtait le premier pas, reviennent d'un air triomphant et assuré pour recommencer encore. Tant il est vrai que quand leur lèvres vermeilles ont savouré la coupe du plaisir, on dirait qu'elles brûlent de l'épuiser et d'en éprouver l'ivresse ".

 

La compétiton entre montagnes fut farouche - les montagnes russes firent un procès aux montagnes suisses de la Grande Chaumière, à qui attirerait le plus la bonne société et les élégants. Cela nous amène à la venue d'un personnage, un certain Mr Calicot. Ces montagnes donneront lieu, comme souvent à l'époque, à une pièce de circonstance, d'Eugène Scribe et Henri Dupin " Le combat des Montagnes " où Mr Calicot en est un des héros, et dont j'aurais l'occasion de parler par la suite.

 

Pour plus d'informations, voir :

Folie Beaujon :

http://www.wikiwand.com/fr/Folie_Beaujon

 

Les montagnes de Paris :

http://www.lamesure.org/article-montagnes-russes-parisiennes-48879116.html